Intentions contre indicateurs
La quasi-totalité des mémoires techniques que nous croisons affirment un engagement environnemental. Presque aucun ne fournit une valeur mesurée, une méthode de mesure et un historique. C’est pourtant exactement ce que demandent les grilles d’analyse des acheteurs sérieux, publics comme privés, sur le marché nantais.
La différence entre les deux est simple à formuler. « Nous utilisons des produits respectueux de l’environnement » est une intention. « Quatre-vingt-quatorze pour cent de nos références produits sont écolabellisées, liste jointe, dosage centralisé, consommation relevée mensuellement » est un indicateur. Seul le second se note.
Les cinq axes réellement pondérés
D’après les consultations auxquelles nous répondons sur la métropole, les critères se répartissent presque toujours sur les mêmes cinq axes, avec des pondérations variables.
- Produits : part de références écolabellisées, mode de dilution, suppression des aérosols et des lingettes jetables.
- Eau : consommation rapportée aux surfaces traitées, méthodes de lavage à faible charge, relevés des autolaveuses.
- Déchets : nombre de flux triés, filière de valorisation, réduction des consommables à usage unique.
- Emploi : part de contrats à durée indéterminée, part de temps pleins, taux d’accès à la formation, actions d’insertion.
- Transport : optimisation des tournées, mutualisation des déplacements, motorisation de la flotte.
Le piège du temps plein
Le critère social le plus discriminant, sur les consultations nantaises que nous voyons, est la part de temps pleins. Il est aussi le plus difficile à satisfaire pour une entreprise de propreté, parce que la structure même de la demande — deux heures le matin sur un site, deux heures le soir sur un autre — fabrique du temps partiel.
La seule réponse honnête consiste à construire des postes en agrégeant plusieurs sites géographiquement proches. C’est une contrainte d’organisation lourde, qui limite la dispersion géographique acceptable d’un portefeuille. Elle explique pourquoi nous refusons certains contrats trop isolés : nous ne saurions pas les servir sans créer un poste de quelques heures par semaine.
Ce que nous ne savons pas encore mesurer
Il reste des sujets sur lesquels nous n’avons pas de valeur fiable à produire, et nous préférons l’écrire dans nos mémoires plutôt que de fabriquer un chiffre. L’empreinte carbone complète de nos tournées, par exemple, n’est estimée qu’à partir des kilomètres parcourus, sans intégrer la fabrication des consommables ni le transport amont des produits.
De la même façon, nous mesurons la consommation d’eau de nos autolaveuses mais pas celle des lavages manuels, faute de dispositif de comptage praticable. Annoncer un chiffre global d’entreprise dans ces conditions serait une reconstruction, pas une mesure. Les acheteurs à qui nous l’expliquons le prennent généralement mieux qu’un chiffre invérifiable.